Notre vision aujourd'hui




Notre vision aujourd’hui

Mathias Rethinam, vice-président pour la région Asie de DCLI, directeur du séminaire de Madurai, Inde :

« Cette vision est ancrée dans le concept de développement proposé par Lebret : le développement de tout homme, de tout l’homme, de tous les hommes et de l’humanité entière -dans un esprit de liberté, de fraternité et d’égalité- unie par une vision solidaire promouvant la culture du dialogue avec des civilisation. Dans ce concept chaque homme et femme est le sujet central du développement enraciné dans sa civilisation propre qui lui donne son identité, le sens profond de sa vie en elle-même et dans sa relation avec Dieu, avec sa communauté et la nature.

Autrefois chaque civilisation existait de façon isolée et exclusive. Aujourd’hui nous vivons dans un village global et nous sommes obligés, en tant que peuples venant des identités diverses des civilisations (et par conséquence, compréhension du sens profond de la vie) d’être en communion à travers le dialogue avec les autres.

Sans ce dialogue, l’humanité s’engage dans une impasse, prise par le risque du fondamentalisme au nom de la religion et de la culture et par la contradiction de « l’impérialisme de l’argent » (Populorum Progressio) qui domine notre village global et démolit le sens de la vie en continuant à renforcer une recherche effrénée, superficielle et matérielle. Gandhi a dit : « Il y a assez pour le besoin de tous au monde mais le monde entier ne serait pas suffisant pour l’avarice d’un individu ».

C’est dans ce contexte qu’il nous faut voir ce qui se passe dans le monde de notre temps :
D’une part, nous nous rendons compte que le monde du marché n’a pas de frontière, pas plus que n’en ont l’exploitation, l’oppression, le chômage, la faim, la misère, le fondamentalisme, la guerre, l’exclusion ou l’élimination d’êtres humains !

D’autre part, nous sommes témoins des actions militantes de la société civile, des ONG, des mouvements populaires, des révoltes spontanées partout dans le monde, qui s’organisent pour lutter contre un modèle imposé qui accroît des inégalités et fragilise les plus pauvres, et pour les droits humains au niveau local, national et international. Ils interpellent même l’OMC, la Banque mondiale, le FMI. Le Forum social mondial en est un exemple. Tout cela nous montre que la grande majorité de la population du monde est en colère et n’accepte pas la situation.

Les pouvoirs dominants ont des objectifs clairement définis et sont unis, organisés et coordonnés pour mettre en œuvre une finalité ultime : faire de l’argent par n’importe quel moyen.
Mais parmi les milliers de gens qui agissent partout dans le monde pour leurs droits, combien ont une certaine clarté de l’objectif de leurs actions ? Combien sont unis, organisés et coordonnés ? En posant cette question, je suis conscient qu’il s’agit d’un processus de long terme ; mais il faut commencer ou, lorsque de telles dynamiques sont déjà en marche, les rejoindre !

C’est ici que doivent jouer leur rôle les scientifiques et intellectuels engagés pour le changement social, les ONG nationales ou internationales et tous ceux qui ont pris une option politique pour les exclus et s’engagent avec des pauvres dans leur lutte pour la dignité et le droit.
Cette posture d’engagement auprès des plus pauvres, si on la met en œuvre de façon honnête et exigeante, crée des devoirs importants. Au lieu de faire des projets pour le développement des peuples, il faut être prêt à écouter le message des opprimés du monde, à comprendre leurs aspirations manifestées dans leurs actions, parce que c’est eux qui sont les acteurs prioritaires sans lesquels notre présence, nos organisations et nos initiatives n’auront pas de raison d’être.

1. A partir de cela, notre rôle devient clair : c’est « d’être et marcher avec » et faciliter leur démarche, par notre participation financière et nos expertises variées, pour avancer doucement, sans jamais brûler les étapes, vers ce développement intégral défini plus haut.

2. Appuyer les efforts pris pour une éducation des exploités dans une cheminement de démocratie participative.

3. Mettre sur pied un système de dialogue et de coopération parmi les ONG qui s’engagent, selon leur démarche spécifique, pour le développement des peuples :
a) celles qui sont directement engagées dans une démarche du peuple,
b) celles qui se spécialisent dans des réflexions profondes à partir d’une écoute attentive des acteurs de réseaux partout dans le monde, font de la recherche et proposent des perspectives et des pistes d’action,
c) celles qui motivent les peuples, dans des pays économiquement plus stables et avancés, à reconnaître et appuyer, là où elles émergent, les actions porteuses de sens.

La trajectoire du centre Développement et Civilisations - Lebret-Irfed le place au sein du deuxième groupe b). Il est au cœur de réseaux vivants et dynamiques en même temps qu’héritier d’une mémoire, non négligeable en Europe, véritable trésor accumulé au sujet du développement des peuple. Mais il a aussi la capacité pour collaborer activement avec la troisième catégorie d’organisations c). Il nous faut la solidarité entre ces trois éléments afin de donner du sens à nos actions pour le développement. »

SOURCE: Centre Lebret /IRFED

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